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L’édition génique du bétail met l’accent sur des applications concrètes

Publié le 31.01.2019 par Owen Roberts

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L’édition génique, c’est-à-dire la capacité pour les chercheurs d’identifier et de modifier précisément un seul gêne sans changer le reste de la structure génétique de l’organisme, s’apprête à porter la reproduction sélective à de nouveaux sommets.

Les producteurs de bétail profitent depuis longtemps des avantages de la biologie de pointe, que ce soit grâce à la reproduction sélective pour obtenir des caractères supérieurs ou souhaitables ou à des technologies comme l’insémination artificielle. L’édition génique marque toutefois une nouvelle étape.

Robert Wager est biochimiste et membre du corps professoral en biologie moléculaire à l’Université de l’île de Vancouver située à Nanaimo, en Colombie-Britannique. Il affirme que le 21e siècle sera celui de la biologie grâce à l’édition génique dont l’industrie constate déjà les progrès.

« L’agriculture animale commence à montrer des applications bénéfiques de cette technologie, indique M. Wager. Des caractères comme la résistance aux maladies, la réduction de l’impact environnemental, une croissance plus rapide et une viande de meilleure qualité ne sont qu’un début. Le potentiel est énorme. »

L’édition génique pour la production de bovins laitiers sans corne

Certaines des recherches appliquées les plus médiatisées pour l’édition génique du bétail ont été menées aux États-Unis en vue de produire du bétail génétiquement dépourvu de cornes. Ainsi, le chercheur Dan Carlson dont le père, un éleveur, désapprouvait l’écornage du bétail pour des raisons pratiques et éthiques, a réussi à supprimer le gène qui entraîne la croissance des cornes chez les vaches laitières.

Les efforts de M. Carlson ont permis la naissance de deux vaches, dont l’une a donné naissance à six veaux dépourvus de cornes. On a largement salué cette technologie pour ses répercussions sur le bien-être animal.

Les efforts de production de bovins laitiers acères (sans cornes) comprennent maintenant un volet distinctement canadien. Ainsi, Semex a annoncé en mai la création d’un partenariat avec Recombinetics, une entreprise américaine qui se consacre à la production d’animaux génétiquement modifiés à des fins biomédicales et pour la production alimentaire. Ce partenariat vise la mise en œuvre d’un programme de reproduction de précision afin de perfectionner la génétique de bovins laitiers sans cornes.

Comme le fait remarquer Recombinetics, les producteurs laitiers préfèrent le bétail acère. Or, la reproduction traditionnelle pour obtenir ce trait, que l’on retrouve plus souvent chez certaines races de bovins de boucherie, est inefficace et réduit la productivité. L’alliance a pour objectif d’intégrer harmonieusement le caractère acère dans la génétique laitière de valeur élevée au moyen de la reproduction de précision.

« En éliminant la nécessité de l’écornage, nous supprimons le stress et les problèmes de santé ;associés à cette procédure, explique Francois-Xavier Grand, vétérinaire d’entreprise pour Semex. C’est avantageux pour le bétail ainsi que pour les agriculteurs et les consommateurs, qui ont à cœur la santé et le bien-être des animaux. »

Résistance génétique des porcs au SDRP

L’été dernier, des chercheurs d’un institut de sciences animales de Beijing, en Chine, ont produit un porc doté d’une résistance au syndrome dysgénésique et respiratoire du porc (SDRP), l’une des maladies les plus complexes auxquelles fait face l’industrie. La biotechnologue Julang Li de l’Université de Guelph et son équipe ont pris part à la recherche cellulaire qui a permis de produire le porc.

Elle explique ;qu’il s’agissait essentiellement de modifier, à la surface de la cellule, un seul récepteur de protéine par lequel le virus du SDRP pénètre dans la cellule pour ensuite faire des ravages.

La modification de ce récepteur empêche le virus de pénétrer dans la cellule, permettant ainsi de prévenir l’infection.

« Le simple fait de bloquer cette petite partie de la structure de la cellule fait toute la différence, se réjouit Mme Li. C’est passionnant. »

Dans certains cas, les chercheurs tentent aussi de développer un vaccin contre un virus. Mais en fin de compte, le virus subira une mutation afin d’échapper au vaccin, qui perdra alors son efficacité. Ce n’est pas le cas avec l’édition génique car le virus du SDRP n’a jamais la possibilité d’agir.

En conclusion

La reproduction sélective du bétail pourrait franchir une nouvelle étape grâce à l’édition génique. Des progrès dans le contrôle des maladies, comme la prévention du virus du SDRP chez les porcs et la production de vaches laitières génétiquement sans cornes représentent de récentes avancées qui offrent de futures applications pratiques.

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