Nouvelles agricoles

Pas de doute, El Niño est bien là, mais...

Publié le 31.01.2019 par Jean-Philippe Boucher

hail.png

La saison avait très bien commencé en Amérique du Sud l’automne dernier. D’ailleurs, conséquence directe de cet excellent début de saison, les récoltes se sont amorcées plus tôt qu’à la normale cet hiver au Brésil.

La situation a cependant changé du tout au tout dans les dernières semaines côté météo en Amérique du Sud. Au Brésil, depuis plus d’un mois, ce sont des conditions très sèches qui sont à l’œuvre, assez pour menacer maintenant les rendements des cultures de maïs et de soya en cours. À l’opposé, en Argentine, ce sont plutôt des conditions très humides qui causent des problèmes au nord et au centre du pays, là où se produit l’essentiel des cultures de maïs et de soya.

En raison de ces mauvaises conditions, on sait déjà que les récoltes ne seront pas à la hauteur de ce qui était prévu plus tôt. Au Brésil, la récolte de soya qui était estimée à plus de 125 millions de tonnes, ce qui aurait constitué un record, a été révisée et devrait se situer autour de 115 à 118 millions de tonnes. Même son de cloche pour le maïs, dont la récolte devrait s’établir autour de 90 à 92 millions de tonnes.

En Argentine, après la sécheresse importante survenue l’an dernier, le retour de conditions très humides n’était pas jusqu’à dernièrement une mauvaise chose. Les précipitations importantes ont également touché surtout le nord du pays, là où de moindres superficies sont cultivées. Ainsi, pour l’instant, on ne prévoit pas nécessairement à ce stade une réduction importante des récoltes.

Que ce soit pour le Brésil ou l’Argentine, il est cependant intéressant de constater que les mauvaises conditions actuelles concordent avec la présence confirmée d’El Niño cet hiver. En Amérique du Sud, El Niño est généralement reconnu pour occasionner des conditions trop chaudes au Brésil et trop humides en Argentine. À quelques variantes près, c’est ce qui semble être le cas présentement.

Que ce soit pour le Brésil ou l’Argentine, il est intéressant de constater que les mauvaises conditions en cours concordent avec la présence confirmée d’El Niño cet hiver.

À partir d’ici, peut-on envisager que les conditions météo difficiles se poursuivront et affecteront davantage les cultures? Assez pour envisager une baisse importante des récoltes sud-américaines de maïs et de soya?

Si on se fie à l’historique des années où El Niño et La Niña se sont manifestés depuis l’année 2000, pas nécessairement.

En fait, comme l’illustre notre graphique, il semble que ce soit La Niña qui ait davantage de répercussions sur les récoltes sud-américaines, et pas nécessairement d’une manière constante.

Pour bien comprendre le graphique, il faut savoir que la manière généralement reconnue d’observer la présence ou non d’El Niño et de La Niña est le suivi de l’indice de référence ENSO 3.4. Lorsque ce dernier affiche une hausse de sa valeur à plus de +0,5, on dit que nous sommes dans une phase El Niño. À l’opposé, un passage sous -0,5 indique que nous sommes dans une phase La Niña.

Si on jette ensuite un nouveau coup d’œil à notre graphique et qu’on met en perspective cet indice (ligne pointillée rouge) avec les récoltes sud-américaines depuis l’année 2000, on constate en fait que lorsque le phénomène El Niño est plus marqué (années 2002-2003, 2004-2005, 2006-2007, 2009-2010 et 2015-2016) les récoltes ne semblent pas diminuer de manière importante – il arrive même qu’elles enregistrent une hausse de production. En d’autres mots, la survenance d’El Niño cette année en Amérique du Sud n’est certainement pas garante de mauvaises récoltes à venir.

Cela étant dit, les prévisions actuelles ne mentent pas. D’ici la fin janvier et pour le début du mois de février, les conditions resteront encore difficiles au Brésil et en Argentine.

D’une part, les conditions trop sèches qui persistent au Brésil concordent avec l’ensemencement de la 2e production de la saison de maïs (safrinha). Elle représente 70 % de la production brésilienne de maïs. Cette 2e récolte étant surtout destinée à être exportée, le marché du maïs pourrait profiter de cette situation au cours des prochaines semaines. Pour le soya, les récoltes des variétés hâtives sont déjà en cours. Toutefois, la saison est longue au Brésil et les variétés plus tardives pourraient aussi être affectées par les conditions trop sèches.

D’autre part, la saison en Argentine en est encore à ses débuts et la période d’ensemencement tire tout juste à sa fin. Cependant, on sait déjà que certaines superficies n’auront pu être semées à cause des précipitations importantes, sans compter que d’autres superficies ont dû être semées de nouveau. Pour l’instant, peu d’organisations se sont prononcées à savoir si les récoltes seront moins importantes. Mais ici encore, les prévisions laissent entrevoir des conditions trop humides pour la fin janvier et le début du mois de février.

En conclusion

À la lueur des informations que nous avons, il ne semble plus faire aucun doute que les récoltes sud-américaines décevront, autant pour le soya que pour le maïs. À savoir maintenant si elles seront beaucoup moins importantes que prévu est une autre histoire, même avec le phénomène El Niño qui semble désormais bel et bien installé. Pour les marchés, cette situation devrait soutenir davantage les prix des grains au cours des prochaines semaines. Cela dit, les stocks mondiaux de soya atteignant désormais un sommet, un recul de production assez important pour soutenir les prix à moyen terme n’est pas nécessairement envisageable. Pour le maïs, la situation est différente puisque les stocks mondiaux sont déjà en baisse depuis deux ans. Une baisse de production sud-américaine ne ferait qu’ajouter une pression supplémentaire sur les prix qui pourraient profiter de la situation pour se raffermir encore davantage. 

Retourner à l'aperçu

Sondage éclair

Quel est votre lien avec l’agriculture? 

Veuillez choisir toutes les réponses pertinentes

  • J’ai grandi dans une ferme.
    0%
  • Je travaille dans la ferme familiale.
    0%
  • Je travaille dans une ferme qui n’appartient pas à ma famille.
    100%
  • Je suis le propriétaire d’une ferme.
    100%
  • Des membres de ma famille pratiquent l’agriculture.
    0%
  • J’ai pratiqué l’agriculture dans un autre pays.
    0%
  • J’ai effectué la vente directe de produits ou services à des agriculteurs.
    0%
  • J’ai effectué l’achat direct de produits ou services d’agriculteurs.
    0%
  • J’ai fait des études postsecondaires en agriculture.
    0%
  • J’ai investi en agriculture.
    0%
  • Autre.
    0%
  • Je n’ai aucun lien direct avec l’agriculture.
    0%

(1 participant(s) jusque là)