Nouvelles agricoles

Quand la Russie fait la pluie et le beau temps dans le marché du blé

Publié le 13.03.2019 par Jean-Philippe Boucher

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La dynamique des marchés change avec le temps et elle se mondialise. On sait déjà qu’au cours des 20 dernières années, l’arrivée de l’Amérique du Sud sur le marché des grains a bouleversé les prix, spécialement celui du soya. Aujourd’hui, il est fréquent d’assister à un « rallye » du marché du soya en hiver, alors que des problèmes météorologiques affectent les cultures en cours au Brésil, ou encore en Argentine. Un autre marché en pleine mutation est celui du blé.

Nouveaux joueurs

Jusqu’à la fin des années 2010, les États-Unis et le Canada représentaient de 30 à 40 pour cent du total des exportations mondiales de blé, soit de 20 à 30 pour cent pour les États-Unis et de 10 à 15 pour cent pour le Canada, selon les années. Bien que les États-Unis et le Canada demeurent encore bien présents dans les marchés d’exportation, de nouveaux joueurs se sont taillé une place et le phénomène s’est accéléré depuis cinq ans.

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Comme l’illustre notre graphique, en l’espace de quelques années, la Russie et l’Ukraine se sont en effet très rapidement hissées au premier rang des pays exportateurs de blé. Depuis deux ans, ils accaparent le tiers des exportations mondiales de blé.

En quelques années, la Russie et l’Ukraine se sont hissées au premier rang des pays exportateurs de blé. Depuis deux ans, ils accaparent le tiers des exportations mondiales de blé. Partagez sur Twitter

À elle seule, la Russie est de loin le premier exportateur mondial de blé, et ce, depuis maintenant trois ans. Pour l’année 2018-2019, malgré une mauvaise récolte, la Russie devrait exporter 37 millions de tonnes de blé contre 27,2 millions de tonnes pour les États-Unis, 24 millions de tonnes pour le Canada et 22 millions de tonnes pour l’Europe. L’Ukraine se situe pour sa part à 16,5 millions de tonnes, soit devant l’Australie avec 10 millions de tonnes et l’Argentine avec 14 millions de tonnes.

Quel est l’impact sur les marchés?

Il faut savoir qu’historiquement, jusqu’à tout dernièrement, les États-Unis étaient les maîtres incontestés des exportations mondiales de blé. Pour cette raison, les États-Unis conservaient un certain avantage dans la dynamique des marchés d’exportation. Les marchés ont toujours le regard tourné vers le premier exportateur mondial d’un produit comme le blé, à savoir si ses récoltes seront importantes ou non, et s’il sera plus ou moins agressif dans le marché d’exportation. En d’autres mots, l’influence du premier joueur sur le comportement des prix a certainement plus de poids.

Les rumeurs au sujet de la mer Noire

Sachant que les États-Unis ont été nettement et très rapidement devancés par la Russie, on comprend que c’est maintenant la Russie qui fait la pluie et le beau temps sur les marchés d’exportation du blé. Et c’est exactement ce qui se produit présentement dans le marché.

Depuis sa dernière mauvaise récolte en 2018, où la Russie avait enregistré une baisse de 16 pour cent avec 71,6 millions de tonnes, les rumeurs voulant qu’elle n’exporterait pas autant de blé cette année ont été nombreuses. Le fait est cependant que même si les exportations ont ralenti au cours des deux premiers mois de 2019, elles demeurent non négligeables. Si on ajoute l’Ukraine à cette équation, les exportations en provenance de la région de la mer Noire (Ukraine et Russie) continuent d’être importantes, assez pour freiner, voire forcer un recul des prix sur les marchés mondiaux.

Les exportations de blé américain perdent du terrain

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, les exportateurs américains ne parviennent toujours pas à gagner du terrain sur les marchés d’exportation. Au moment d’écrire ces lignes, les ventes à l’exportation de blé américain accusent toujours un retard de l’ordre de 5 à 10 pour cent par rapport à la projection d’exportation de blé de l’USDA. Ceci laisse de moins en moins de marge pour rattraper le temps perdu du côté des exportations américaines de blé, puisque le blé d’hiver de la nouvelle récolte inonde généralement le marché à partir du début de l’été aux États-Unis.

Depuis déjà plusieurs années, les superficies ensemencées en blé aux États-Unis sont en baisse, frôlant même des creux historiques ces cinq dernières années. En revanche, au cours des 20 dernières années, le rendement américain a gagné en moyenne cinq boisseaux l’acre. La production américaine affiche donc un peu de recul, mais pas nécessairement assez, surtout dans une dynamique où de nouveaux joueurs sur les marchés mondiaux rendent plus difficile d’exporter le blé américain.

En conclusion

S’il ne fait aucun doute que les marchés boursiers du blé nord-américain resteront des références clés, une attention grandissante est portée au comportement des marchés dans la région de la mer Noire et en Europe. 

Concrètement, pour les producteurs canadiens, la dynamique du marché local restera toujours importante. Cependant, dans un contexte où les marchés se mondialisent, comme c’est le cas pour le marché du soya avec l’Amérique du Sud, une plus grande attention doit être accordée à la région de la mer Noire quand il est question du marché du blé, compte tenu de l’influence grandissante de la Russie sur la dynamique de ce marché.

 
 

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